ÊTRE GAGNANT OU PERDANT EN ACHETANT UNE THERMOPOMPE ?

Des vendeurs très convaincants, aidés d'une généreuse subvention offerte par Hydro-Québec pour la conversion des résidences au chauffage biénergie, ont éveillé, ces dernières années, l'intérêt du consommateur pour la thermopompe, appelée aussi pompe à chaleur ou PAC.

La thermopompe est un appareil qui, à première vue, semble particulièrement intéressant. Elle permet de réduire, dans une certaine mesure, les coûts de chauffage durant la période froide de l'année et de refroidir la maison durant la saison chaude.

Essentiellement, une thermopompe est un équipement fonctionnant sur le même principe que les systèmes de réfrigération: un compresseur fait circuler du fluide réfrigérant qui prend de la chaleur dans un milieu froid, élève sa température, pour rejeter ensuite cette chaleur dans un milieu chaud.

Dans le secteur résidentiel, les thermopompes les plus courantes sont des appareils centraux du type air-air. C'est-à-dire que de la chaleur est prise dans de l'air en le refroidissant, pour être rejeté dans de l'air à une température plus élevée.

Durant la saison chaude, au besoin, la pompe à chaleur refroidira l'habitation en agissant comme un climatiseur. Elle prendra de la chaleur dans l'air intérieur, en refroidissant cet air, pour la rejeter dans l'air extérieur, où il fait plus chaud à ces moments.

Durant la saison froide, la thermopompe fonctionne en sens inverse, elle prend de la chaleur dans l'air extérieur pour la rejeter à une température plus élevée dans l'air intérieur. Cet appareil pompe de la chaleur et élève la température de celle-ci

Cet air intérieur, chauffé ou refroidi selon les saisons, est distribué, dans l'ensemble de la résidence, au moyen d'un réseau de conduits.

Bien que les thermopompes air-air soient les thermopompes les moins coûteuses, elles demandent, tout de même, des investissements très importants dans la plupart des applications.

En effet, l'achat de l'appareil, son installation et les modifications à effectuer aux équipements déjà en place coûtent de cher à très cher dépendant des travaux à effectuer. Comme ordre de grandeur, on parle de coûts entre 5 500 à 14 000 $. La subvention accordée par Hydro-Québec, qui pouvait atteindre près de 3 000 $, amortissait une partie de ces coûts.

En profitant de ce programme de subventions, plusieurs centaines de propriétaires de la région se sont équipés de pompes à chaleur au cours des dernières années. Le programme a cependant pris fin le 23 décembre 2009.

Le coût élevé de ces installations vient en grande partie du fait qu'il est nécessaire de doubler le système de chauffage. Nous devons avoir un équipement de chauffage qui, dans les mois les plus froids de l'année, prendra la relève de la thermopompe. Nous aurons donc un appareil de chauffage électrique ou à combustible qui sera en mesure d'assumer seul le chauffage de la résidence couplé à une thermopompe qui, trois saisons par année, sera en opération.

Dans cette même chronique ''Toute la vérité sur les thermopompes'' nous avons démontré que les économies sur la facture de chauffage, par l'utilisation d'une thermopompe, n'étaient pas faramineuses. Ces économies sont au mieux de l'ordre de 300 $ à 350 $ annuellement si la seule source d'énergie est l'électricité.

Des vendeurs vont peut-être vous parler d'économies potentielles de beaucoup supérieures à ces chiffres. Il faut être très critique face aux affirmations de ces derniers et vérifier par des questions serrées s'ils comparent des " pommes avec des pommes ". Dans ce domaine, il est très facile de tronquer et de déformer la vérité.

Comparer, par exemple, les coûts de chauffage d'une vieille fournaise au mazout, à faible rendement, à un système biénergie composé d'une thermopompe couplée à un calorifère au mazout à haut rendement, n'est pas correct.

Il n'est pas correct, non plus, de mettre en parallèle les économies réalisables sur les coûts de l'énergie en comparant un chauffage à plinthes électriques contrôlées par des thermostats bilames à un système biénergie composé d'une pompe à chaleur reliée à un calorifère au mazout à haut rendement.

Dans ces deux cas, on entremêle les tarifs électriques D et DT, le tarif biénergie DT étant plus économique annuellement que la tarif domestique D. La comparaison, pour être juste, doit se faire entre des équipements de même génération, profitant des mêmes tarifs d'électricité.

Par exemple, les coûts annuels de fonctionnement d'une PAC, couplée à un équipement électrique de chauffage auxiliaire, pourraient être comparés aux coûts de fonctionnement d'un système de chauffage à plinthes électriques reliées à des thermostats électroniques. Dans ces cas, nous comparons deux équipements de chauffage consommant la même source d'énergie, au même tarif. Les économies réalisées seront dues uniquement à la présence de la thermopompe et non à la tarification différente.

L'utilisation d'une PAC oblige l'installation d'un réseau de conduits d'air, ce réseau servira également, dans les maisons étanches, à la ventilation des différentes pièces de la résidence. Pour être juste dans la comparaison des coûts, il faut tenir compte, dans certains cas, de la double fonction des conduits. Ils serviront à transporter de la chaleur mais aussi à amener de l'air frais dans les différentes pièces. Dans ce cas, nous n'aurons pas à installer d'autres conduits pour la ventilation.

Pour être honnête, il faut aussi considérer le désir de climatiser la maison durant l'été. Si la climatisation de la résidence est jugée essentielle par ses propriétaires, pour fin de comparaison des coûts, il faut considérer aussi les coûts d'un système de climatisation indépendant.

Méfiez-vous au plus haut point des projections faites par les vendeurs sur les coûts futurs de l'énergie. Il n'y a personne qui peut les prédire.

Les taux d'inflation et d'intérêt ? Il faudrait avoir une boule de cristal pour prévoir les tendances à moyens termes. Bien malin qui pourrait dire ce qui nous attend dans les prochaines années. Il est donc également très hasardeux de faire des projections dans le futur pour justifier la rentabilité des investissements actuels.

Donc, les calculs de rentabilité doivent se faire à partir des données que nous connaissons. Aujourd'hui, si j'investis 6000 $ pour en sauver environ 350 $ durant l'année, le retour simple sur l'investissement sera de plus de 15 ans.

Si j'emprunte aujourd'hui le montant investi, les économies de la première année ne paient pas les intérêts de l'emprunt. Du point de vue strictement économique, il devient très difficile de justifier un tel investissement.

On peut, bien sûr, supposer de bas taux d'intérêt pour les prochaines années et une augmentation importante des coûts de l'énergie ce qui améliorera la rentabilité de l'investissement. Ce sont des hypothèses invérifiables pour l'instant.

 

Camille Gagnon, Technologie de la mécanique du bâtiment

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